Plus prudent, Intermarché a pour l’instant décidé d’équiper une dizaine de supermarchés seulement. A Nègrepelisse, dans le Tarn-et-Garonne, le patron de la division immobilière du groupement, Philippe Boutron, a budgété un retour sur investissement de douze ans pour les 360 000 euros consacrés à la centrale solaire de 1 000 mètres carrés.
Car plusieurs incertitudes pèsent sur la rentabilité de ce type d’investissement.
A commencer par les aléas climatiques. Un adhérent de Système U installé à Thouars, dans les Deux-Sèvres, a constaté un décalage de 10% par rapport à ses estimations sur un premier bilan de six mois. Un hiver particulièrement froid peut conduire à un déficit de production encore plus important.
Contrat sur vingt ans. Autre inconnue : la longévité des panneaux solaires, censés fonctionner vingt-cinq ans, reste à démontrer. « La vente directe à EDF est certes lucrative, mais cet engagement me paraît encore trop aléatoire », estime Stéphane Benhamou, le patron de l’Hyper U des Arcs, dans le Var, refroidi par la durée incompressible du contrat de vingt ans. Il a donc préféré opter pour un équipement minimal et n’a recouvert que 5% de sa toiture disponible, soit 1 000 mètres carrés, qu’il loue à un sous-traitant chargé de s’occuper de l’installation et de l’entretien. Une solution certes moins rémunératrice, mais à la fois simple et sûre.
Quant à l’électricité produite, elle sert à assurer une partie de ses besoins énergétiques. Stéphane Benhamou, qui revendique la paternité du premier hyper français entièrement conçu aux normes HQE (haute qualité environnementale), a vu sa facture d’électricité s’alléger de 30 à 50% selon les mois, grâce au solaire mais aussi aux travaux d’isolation du bâtiment.
La grande incertitude qui pourrait tempérer l’ardeur écologique des distributeurs concerne la pérennité des tarifs d’achat imposés à EDF. Le Grenelle de l’environnement a fixé comme objectif 1 100 mégawattheures en 2012 pour l’énergie solaire.
La question reste de savoir si EDF ou le contribuable pourront digérer une telle production aux tarifs subventionnés actuels. Le ministre Jean-Louis Borloo a évoqué la possibilité d’un prix d’achat ramené à 45 centimes d’euro pour les professionnels.
Une baisse de 10 centimes, qui suffit à remettre en question les plans d’amortissement des hypers.
Le calcul devra aussi intégrer, dès l’année prochaine si l’on en croit les annonces du gouvernement, la taxe carbone. Cette dernière sera logiquement réduite pour ceux qui produiront de l’énergie renouvelable.
Une chose est sûre, l’autoconsommation ne peut constituer à elle seule une solution viable, du fait de l’impossibilité de stocker l’électricité. La nuit, qu’on soit à Tourcoing ou à La Grande-Motte, c’est le même régime : les centrales solaires roupillent, mais pas question d’éteindre les frigos et les congélateurs.








