Urbania, troisième gestionnaire français de biens immobiliers, devrait être racheté par le fonds d’investissements Ulysse géré par la société Investors in Private Equity (IPE) si le tribunal de commerce de Nanterre donne son accord.
Le sort de ce groupe (480 000 appartements administrés par 107 cabinets) était en suspens depuis que la Société générale avait porté plainte, le 23 décembre 2009, contre trois de ses dirigeants ; elle les soupçonnait d’avoir fait "disparaître" près de 500 millions d’euros.
Il s’agissait d’avances consenties par plusieurs banques (200 millions par la Société générale), dont les montants correspondaient à la trésorerie des copropriétés gérées.
Versées sur des comptes dits "reflets", ces sommes devaient être placées en produits de trésorerie sécurisés au profit du syndic. Les comptes "reflets" ont été inventés par les banques pour drainer la trésorerie des copropriétés, contournant ainsi la loi qui interdit aux syndics de faire fructifier à leur profit l’argent de leurs clients.
Ce rachat d’Urbania par IPE comporte cependant plusieurs zones d’ombre. Personne ne sait... qui seront les futurs propriétaires. "Les associés d’Ulysse sont des entrepreneurs, des personnes fortunées dont le nom reste confidentiel", se contente de répondre Philippe Nguyen, directeur d’IPE, centralien et énarque, ancien du Crédit lyonnais et de la Caisse des dépôts et consignations. Et il dément la rumeur sur la présence de Bernard Tapie au sein du tour de table.
On ne connaît pas davantage les vendeurs ; Urbania, ex-Vendôme Rome, créée par Michel Moubayed, est au coeur d’un organigramme complexe de 250 sociétés qui se contrôlent les unes les autres. M. Nguyen indique seulement que M. Moubayed n’a plus aucun intérêt dans le nouveau groupe qui continuera d’exploiter les deux marques : Urbania - branche administration de biens résidentiels et de copropriétés - et Adyal - gestion d’immeubles de bureaux.
Quant au prix de cette transaction, il est tout aussi secret. "Il est nettement moins élevé que ce que les Banques populaires ont payé pour racheter Foncia, en 2007, soit 1,3 milliard d’euros correspondant à 3,4 fois le chiffre d’affaires, confie juste M. Nguyen. Dans le cas présent, la fourchette est comprise entre 1,2 et 2 fois le chiffre d’affaires." Mais il est acquis que les banques ont sacrifié la moitié de leur créance de 430 millions d’euros, et transformer le solde de 209 millions d’euros en obligations convertibles en actions d’Urbania.
Outre ces crédits bancaires, Laurade, le holding de M. Moubayed, détenait une créance de plus de 70 millions d’euros sur Urbania, qui sera en partie réglée lors de la transaction, mais nul ne révèle dans quelles proportions. M. Moubayed - mis en examen avec deux autres administrateurs dans l’affaire Urbania, pourrait récupérer une grande partie de sa mise au détriment des banques créancières.
M. Nguyen veut faire d’Urbania un acteur important de la gestion d’immeubles en portant son chiffre d’affaires de 150 millions d’euros aujourd’hui à plus d’un milliard d’ici quatre ans par croissance externe. Il envisage aussi d’investir une dizaine de millions d’euros dans des outils informatiques de pointe. En ayant recours à Internet et aux courriels, il compte améliorer la productivité et la rentabilité du métier de syndic.
Sources : Isabelle Rey-Lefebvre - lemonde.fr - Article du [ 07/09/2010 ]









